Avec mes lunettes ou peut-être même mes ornières d’occidentales j’essaie de décoder, de comprendre ce pays, ces gens, ces défis. J’y arrive difficilement et c’est normal en 4 mois je ne peux prétendre de tout comprendre et tout assimiler. J’ai laissé de côté ma fonction de squatteuse officielle de ce blog car honnêtement je n’avais rien de très positif à partager avec vous et au lieu de tomber dans le piège de vous transmettre une image biaisée (même si elle l’est toujours un peu car je vis cette expérience étant l’Autre soit avec mes lunettes et mes clés de décodage !) j’ai préféré le retrait. À vrai dire je ne suis pas tout à fait retombée dans mon optimiste éternel, cette expérience Nigérienne me fait retirer un certain degré de naïveté (il était temps me direz vous !) c’est comme si je me rends mieux compte de certains éléments de la boîte à Pandore.
Je suis présentement un peu désabusée du monde de la coopération (son ensemble non pas à une organisation particulière) car je le trouve disparate, instrumentalisé, incohérent, teinté de compétition et de néocolonialisme. Certains de ces éléments je les connaissais déjà d’autres sont nouvellement constatés et intériorisés et sont un peu plus lourds.
Un aspect dérangeant que j’ai entendu trop souvent ici par quelques intervenants tant nationaux qu’étrangers :
« Les paysans ou les bénéficiaires ne se sont pas appropriés le projet … »
Un classique et le tout dit avec un ton de supériorité et toujours ce terme d’assistés bénéficiaires comme si la solution absolue était dans les mains des intervenants. Cette complaisance je la déteste au plus haut point. C’est très facile de prétendre cela quand les gens dont on accuse de ne pas s’être appropriés le dit projet ne sont pas là pour prendre la parole. Donc je recommande à ces intervenants une bonne dose d’auto critique et de revoir leur nomenclature. Et si nous écoutions un peu plus et surtout MIEUX les populations à la base ? Pas seulement ce qu’ils nous partagent mais pourquoi nous disent-ils cela. Au lieu de les traiter comme des éternels assistés qui n’ont pas les capacités de prendre en main leur destinée. Je suis convaincue que l’ensemble des collectivités est mieux placée que nous pour faire leur propre diagnostic.
Il y a des projets de développement réellement porteurs et d’autres tout simplement exécrables dont je vous épargne les détails car la diplomatie fait partie aussi de ce milieu ! (Là-dessus j’apprends encore tous les jours car ce n’est pas inné chez moi !!)
Cependant au fond de la boîte de Pandore il y a aussi l’ESPOIR oui et malgré ma chute de naïveté aigue j’ose encore espérer. Ici au Niger on dit souvent à tort et à travers qu’il y a trop de gens mais est-ce que ce n’est pas justement cette masse critique de personnes, de capacités, de personnalités diverses, de qualités, d’énergies, d’efforts, de sourires qui serviront de levier à quelque chose d’autres ? Ce pays est riche de son capital humain.
Il y a aussi des défis à relever au niveau de la « sécuraineté » alimentaire. Sécuraineté vient du dictionnaire Fournier jonction du mot sécurité et souveraineté alimentaire. Je pense qu’il faut sortir de ce carcan sécurité alimentaire qui est restrictif voir même à ses heures répressif et qui laisse la porte grande ouverte pour l’exportation massive de céréales de chez nous voir le terme commençant par la lettre D contenant 7 lettres. (Aux intéressés m’écrire à mon courriel pour la réponse). Un peu plus de volonté politique à tous les niveaux, une meilleure cohésion entre les intervenants en coopération internationale (vraiment déniaisons-nous !) un service de crédit adapté, une augmentation réelle et pertinente de la recherche agronomique répondant aux besoins des producteurs et productrices agricoles d’ici (SVP oublions la création de semences stériles), des politiques rurales incluant le secteur agricole et pastoral diffusées, comprises et surtout appliquées, un réel service gouvernemental d’encadrement et de vulgarisation agropastoral, (si vous saviez à quel point les programmes d’ajustement structurel (PAS) ont fait des dégâts vous seriez probablement un-e altermondialiste) une stratégie de développement rural pleinement financé, un document stratégique de réduction de la pauvreté qui ne s’incarne pas à un PAS, et puis une annulation complète de la dette extérieure du Niger… de mes petits 29 ans (que j’ai atteint aujourd’hui même) je crois que ça pourrais contribuer à l’atteinte de la souveraineté alimentaire du peuple Nigérien. Matière à discussion bien sûr !!
Je vous laisse une définition de la souveraineté alimentaire du Peoples Food Security Network (2002) tiré du pamphlet « La voie de la souveraineté alimentaire – Labyrinthe sans fin ou sémantique de la faim » de l’Union des producteurs agricoles – Développement international (UPA-DI)
« Par souveraineté alimentaire, on entend le droit des peuples à définir leur propre alimentation et leur agriculture ; à protéger et à réglementer la production et les échanges agricoles nationaux de manière à atteindre des objectifs de développement durable ; à déterminer leur degré d’autonomie ; à restreindre le dumping de certains produits sur leurs marchés et à accorder aux communautés locales de marins pêcheurs la priorité en matière de gestion de l’utilisation des ressources aquatiques et des droits y afférents. La souveraineté alimentaire ne va pas à l’encontre du commerce. Elle encourage au contraire l’élaboration de politique et de pratiques commerciales allant dans le sens du droit des peuples à une production sûre, saine et viable sur le plan écologique. »
Kala tonton !